Je suis la bête – presse

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20 févr. 2018,
par
Blog Mediapart

Dans la forêt obscure et sauvage de « Je suis la bête »

Anne Sibran a publié le magnifique « Je suis la bête » avant de l’adapter au théâtre à la demande de Julie Delille. C’est le premier spectacle du Théâtre des Trois Parques, c’est peu dire de dire qu’il est une réussite, d’autant qu’il fouille là où le théâtre s’aventure rarement.

Au début d’un spectacle, on « fait » le noir. On le fait donc, là comme ailleurs. Mais il dure, ce noir, devient de plus en plus prégnant, profond. Il envahit tout l’espace de la salle, de la scène, déploie l’empire de son obscurité. Et quand il atteint l’ébène de sa nuit, une voix nous atteint. Une voix de rescapée. Faible, enfantine, presque. Tapie, là-bas, au fond.

L’enfant du placard

Infime, la voix. Féminine. Presque vacillante mais volontaire tout de même, battante. Elle nous parle d’un placard. Où celle qui l’avait portée dans son ventre et l’homme qui la portait parfois l’ont laissée. Abandonnée quand elle avait deux ans. « Pour me rappeler le placard, il suffit que je frotte dessous mes griffes rondes, aux cicatrices roses des phalanges raccourcies. Alors je revois deux mains folles, en train de supplier le bois, le fouiller jusqu’à l’os. Avec le corps pendu derrière, comme un petit chiffon », dit la voix.

C’est là, dans le placard, dénuée de tout, de nourriture, de mots, de parures, qu’elle est devenue animale. C’est là que la grosse chatte l’a pour ainsi dire reconnue. Une chatte « de race tellement farouche que jamais l’homme ne la voit ». Elle est venue dans le placard accoucher de petits chatons morts-nés. L’enfant a tété ses tétons. Et puis elle a mangé les chatons. « Ils avaient la chair fade, les os mous. Mais comment j’aurais pu survivre sans ces viandes à mâcher ? » Elles se sont réchauffées l’une à l’autre. La grosse et le petiote. C’est ainsi qu’elle est devenue la bête.

Du noir ont jailli de brèves saillies de lumière comme des halos volés à la nuit. Des bouffées de lueurs.Une silhouette sombre apparaît furtivement, c’est elle, la bête, toute noire hormis le minois et les extrémités. Comme jetée hors de l’ombre. A l’affût. Reptile. Feu follet. Elle porte une robe informe couleur écorce de ces vieux chênes cicatrisés d’intempéries ancestrales. Ses pieds et ses mains sont nus, ses cheveux deviendront de plus en plus longs.

Des images passent, rappelées au parloir de la rétine mémorielle : sorcière des contes, souillon des romans, fille aux cheveux blancs de la chanson. La voix les balaie d’un coup de griffe. La voix tutoie les ronces, les racines, les feuilles empoissées. Elle couche avec le silence habité de la forêt. Elle nous happe, nous lape. Nous serre le kiki. Autour d’elle, ça gronde de sons, ça grogne du ciel. Remugle à frissons. « J’ai eu cette voix-là pendant cinq ans, dans mon dedans. A en oublier les hommes », dit-elle, là-bas, plus tout à fait au fond, plus près maintenant. Nous apprivoisant peut-être. Et le noir qui remet ça.

Une solitude peuplée

C’est ainsi que commence Je suis la bête. Les mots (texte et adaptation) sont signés Anne Sibran. Le corps, la voix et la mise en scène sont de Julie Delille qui après avoir lu Je suis la bête (Gallimard, collection Haute enfance) s’est emparée de ce récit extraordinaire dans tous les sens du mot. La scénographie, le costume et le « regard extérieur » sont de Chantal de La Coste. Les lumières sont signées Elsa Revol, la création sonore Antoine Richard. Chacun a sa part de réussite dans ce spectacle hors norme, hors catégorie qui va chercher le théâtre dans son étoilement pour y atteindre et conjuguer des tréfonds d’une rare intensité.

Julie Delille, jeune actrice sortie de l’école de Saint-Etienne, est à l’initiative, à la manœuvre et à la proue de Je suis la bête mais dire qu’elle est seule en scène serait une hérésie. Le spectacle vient d’être créé sur la vaste scène de l’Equinoxe à Châteauroux ; saluons au passage son directeur, François Claude, qui s’est engagé à fond dans ce spectacle, le premier de Julie Delille et de sa compagnie le Théâtre des Trois Parques, allant jusqu’à nommer l’actrice d’emblée comme artiste associée. Dire que Je suis la bête pourrait se donner sur une toute petite scène puisqu’il n’y a apparemment qu’une actrice en scène, serait d’une abyssale bêtise.

C’est au contraire un spectacle total qui a besoin d’espace pour respirer et nous aspirer, qui étaie sa force dans l’orchestration et la modulation de ses éléments à commencer par le foisonnement de la voix qui nous assaille, nous broute les oreilles, les yeux et l’épiderme de bien des façons. En regard du théâtre magnifiquement extrême qu’est le premier spectacle de Julie Delille, osons mentionner les derniers spectacles de notre dernier grand maître, Claude Régy. Cela n’a rien à voir bien sûr, mais le degré d’exigence de Julie Delille et de ses collaborateurs visent de semblables sphères.

La bête grandit à quatre pattes dans la forêt, allant comme les animaux. Après avoir été encerclée par une horde de blaireaux, couturée de plaies ouvertes, elle arrive devant une « boîte », une ruche bourdonnante d’abeilles. « Alors elles sortent un peu. Puis d’autres encore. Enfin toutes en même temps. Elles me couvrent. Serrées au fond de chaque morsure. Dans toutes mes viandes arrachées. Ça fait un bourdonnement qui me berce, me console, avec parfois des explosions d’étoiles. Jusqu’à ce moment où je m’endors enfin. Parce que je n’ai plus froid. » Moment d’une envolée lyrique où lumière, musique, voix, corps, espace avancent de front dans l’enchantement.

Un manteau d’abeilles

Alors qu’elle est couchée sous son « manteau d’abeilles », une fumée fait que les abeilles s’envolent. Cette fumée vient d’une « bête blanche » et elle voit, loin derrière un grillage masquant le visage, « au bout des yeux : un regard d’homme ». Elle se retrouve enfermée dans « la maison du placard » dont elle reconnaît l’odeur.

Elle, si peuplée de la forêt, se retrouve seule. « Ce chagrin dura plus de deux ans. Un goût de foie d’oiseau », dit sa voix off, une voix de l’après. Elle apprend à se « défaire » de tout ce que la forêt lui a donné. « L’homme des abeilles », dans un grand livre, lui apprend « le père ocieux ». « Il fallait nettoyer ma parole. Elle avait trop traîné sur la terre noire de la forêt. »

Le spectacle d’un mouvement continu, approche de sa fin. Le récit d’Anne Sibran, lui, se poursuit. L’homme a un nom, Limaille, et puis voici Joachim et une vieille femme, Doussi. C’est Doussi qui lui donnera le nom de Méline, « un nom entre le chat et la fille qui lui convenait parfaitement ». La nuit, elle va chercher de la viande dans la forêt ; le jour, elle retrouve le monde des hommes. « J’ai maintenant la parole assez longue pour abouter ensemble la fille avec la bête, le jour avec la nuit. Ça me fait une bouche immense où tient toute la forêt. »

C’est dans la forêt que le livre et le spectacle se retrouvent dans un commun épilogue. Le noir retrouve sa profondeur, terreau des vœux. La fille voit la forêt avancer, puis courir, escortée par les oiseaux et suivie par les bêtes… L’actrice fait entendre le silence. Méline, là-bas, au fond, s’efface, se fond, disparaît. Et c’est fini.

Vacillement des certitudes, des catégories, des frontières, des genres, des langues, Je suis la bête est une forêt où remue notre sauvagerie.

Après sa création à l’Equinoxe de Châteauroux, le spectacle se donnera le 20 février au Théâtre de Chartres ; les 7 et 8 mars au Théâtre de l’Union à Limoges ; il sera à l’affiche du festival WET au CDN de Tours les 24 et 25 mars. Tournée en cours d’élaboration pour la saison prochaine.

Le récit d’Anne Sibran Je suis la bête est paru chez Gallimard, dans la collection Haute enfance ; dans la même collection, Anne Sibran a publié Enfance d’un chaman.

> La Nouvelle République <<

Je suis la bête

19 Septembre 2018 Par Alexis Couturier – Nouvelle République

Vendredi, lors de la présentation de la saison culturelle de l’Hectare au Minotaure, les venues de Cali, Pauline Croze et Benjamin Biolay ont été annoncées.
De nombreux autres spectacles qualitatifs

[…] Outre ces têtes d’affiche, tout au long de la saison, de très nombreux spectacles seront programmés au Minotaure ou dans d’autres lieux. Tous les genres seront représentés : danse contemporaine, hip-hop, cirque, musique classique, jazz et marionnettes, en particulier pendant le festival « Avec ou sans fils », du 25 janvier au 8 février 2019.

A ne pas manquer, par exemple, le spectacle « Vies de papier », le mardi 2 avril. Sur scène, à l’appui d’un film documentaire, deux artistes racontent leurs recherches… Des recherches menées pour retrouver une personne figurant dans un album de famille acquis au hasard d’un marché aux puces à Bruxelles.

Autre représentation qui s’annonce exceptionnelle : « Je suis la bête », le 5 mars. « Interprète d’un texte puissant et vibrant, Julie Delille nous fait ressentir la nature à travers le récit fascinant d’une enfant qui grandit dans la forêt », décrit la plaquette de l’Hectare. « Un spectacle absolument extraordinaire », selon Frédéric Maurin.

Pour en savoir davantage sur les autres spectacles, tels « Tristesse et joie dans la vie des girafes », le 8 avril, « Ultra-girl contre Schopenhauer », le 18 octobre, « Les Fouteurs de joie », le 23 mai, ou encore le spectacle centré sur l’accordéon « Le pari des bretelles », le 6 décembre, rendez-vous sur le site Internet de l’Hectare.

Renseignements sur www.lhectare.fr Tél. 02.54.89.44.20

>Toute La Culture <<

Je suis la bête : l’adaptation poignante du roman d’Anne Sibran par Julie Delille

27 mars 2018 Par Ines Guillemot

À l’occasion du Festival WET° au Centre Dramatique National de Tours (CDNT), la comédienne et metteuse en scène Julie Delille (Théâtre des trois Parques) — artiste associée à Equinoxe / Scène internationale de Châteauroux — interprétait Je suis la bête. Un récit à la première personne, sur l’humain et le sauvage, sur la frontière entre les genres.Je suis la bête, c’est une variation du thème de l’enfant sauvage: l’histoire d’une enfant abandonnée, élevée dans la forêt par un animal sauvage, et qui un jour se trouve, de force, confrontée à l’humanité. Le récit aborde ses débuts dans la forêt, guidée par « chatte grosse », l’animal qui l’élève, la nourrit, lui apprend à chasser, dans une relation presque maternelle, pourtant empreinte de cruauté. Elle y découvre le goût du sang. « Et pendant que je grandis, accroupie sous les arbres.

Je suis maintenant une bête pleine, avec plus rien d’enfant ». « J’ai faim de morts vivantes, aux regards restés entrouverts, de ces chairs qui s’écartent en craquetant d’effroi » (Anne Sibran).Puis, vient sa rencontre avec l’humanité. Ou plutôt, avec le monde civilisé. La pièce aborde la façon dont, au contact des hommes, Méline devient un monstre: en voulant l’humaniser, on fait d’elle une bête. Contrainte à se tenir droite, à lever son cou, à parler, ou plutôt répéter : « Il m’a fallu surtout trouver à tenir sur deux pattes, afin que la parole me coule plus facilement. Ce n’était pas ce même parler que font les hommes, car je n’y savais rien comprendre. Je répétais seulement derrière, à la manière des bêtes, ou des maisons » (Anne Sibran).Je suis la bête, c’est aussi et surtout une ode à la nature.

Interprète d’un texte puissant, vibrant, Julie Delille nous fait vivre la forêt. Une forêt qui grouille. Où tous nous sens sont en alerte. La mise en scène est audacieuse: un plateau vide, que Méline investit peu à peu, « par les mots, par le corps, par des silences, des bruits, des absences, des ombres, des fulgurances » (Chantal de la Coste, scénographe).

Le spectateur s’imprègne de la forêt, de ses bruits, ses lumières, mais aussi de ses silences, de son obscurité: un travail remarquable est mené sur le son, qui revêt une importance fondamentale (le spectateur est plusieurs fois plongé dans l’obscurité).« Nous, c’est le silence qui raconte, les hommes il leur faut une voix » (Anne Sibran) Le silence qui habite la forêt, contre le bruit et la parole des  hommes. Deux mondes que tout oppose. Et pourtant: à la fin, le retour de l’héroïne à la forêt, sa fuite du monde civilisé pour redécouvrir ses instincts, en dit long. Il interroge notre rapport à la nature, le fossé que nous avons creusé entre l’humanité et les mondes du vivant. Un spectacle troublant, saisissant, et parfois dérangeant.

La Provence – Jean-Rémi Barland

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TÉLÉRAMA
La chronique de Fabienne Pascaud

Le festival Impatience consacre les femmes de théâtre

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« Je suis la bête » D’Anne Sibran au Théâtre des 13 vents à Montpellier

L’Art-vues

En ce premier weekend de printemps des comédiens nous avons assisté à l’adaptation d’un texte d’Anne Sibran, mis en scène et interprété par Julie Delille. Produite par le théâtre des trois Parques, la pièce a été accueillie en partenariat avec le théâtre des 13 vents, CDN Montpellier.
Derrière un voile de pudeur nous découvrons l’obscurité d’une forêt. L’abandon, la reconstruction d’une enfant élevée dans la poésie bestiale d’une faune qu’elle aurait pu chasser, mais qui va l’adopter.
La peur, le noir, l’oubli…

Grâce à une mise en scène époustouflante et épurée, Julie Delille nous attrape dans le silence. Elle nous inquiète, nous perturbe et nous émeut.
Les bruits des bois, les ombres et les contre-jours… La maîtrise des lumières nous plonge à chaque scène dans un tableau digne d’Eugène Carrière ou de Goya…

Une métaphore de ce monde qui s’empare de notre innocence pour faire de nous des monstres, inadaptés à un habitat que somme toute nous n’avions jamais rêvé d’intégrer. Rester au fond de notre terrier…
Ne plus vouloir sortir, ne plus vouloir parler.
Cette langue, que l’on ne connaît plus, que l’on doit répéter.
Un cri peut-être, que l’on pourrait choisir. Un cri à nous, rien qu’à nous… Lui , sans doute, pourrait nous libérer…

Un récit virtuose dans une ambiance et un décor d’une extrême élégance et de d’une grande pureté.
Ça commence fort au printemps ! Nous en sommes enchantés.

 

loeildolivier.fr

 

L’appel sauvage et viscéral de la forêt

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore Latest posts

Au printemps des comédiens, Julie Delille reprend avec une sauvagerie délicate, une douceur enragée, Je suis la bête, magnifique et horrifique texte d’Anne Sibran. Enfance remisée au placard de l’oubli, de l’abandon, c’est dans le bois voisin que la jeune fille, la bête en devenir, se construit loin des hommes. Ambiance sombre, terriblement prenante ! 

La salle est plongée dans le noir. Le silence se fait. L’atmosphère est vite lourde, pesante. Un rire nerveux fuse, déchire les ténèbres. C’est un accroc , une parenthèse enchantée. Plus aucun bruit ne vient perturber notre mise en condition. Le spectacle peut commencer. Les secondes se font minutes. Toujours rien. Enfin, une voix d’outre-tombe, celle hachée, un brin brutale d’une jeune femme se fait entendre. Les mots sortent difficilement de sa bouche. Ils semblent la brûler, la lacérer. L’horreur, l’indicible ne se débitent pas sur le ton de la conversation. Il faut un décorum que seule la lenteur, la gravité peut installer. 

Du plus profond de la nuit, l’enfant, encore un bébé, gémit, mugit. À peine sortie des entrailles de celle qui l’a mis au monde, tout juste porté par un homme, il est jeté dans le placard, celui situé sous l’escalier. Il ne doit sa survie qu’à une chatte venu mettre bas. Mère de substitution, elle va apprendre à ce petit être chétif abandonné par ses pairs cruels, inhumains, à survivre, à devenir une bête redoutable. Mais peut-on vivre en marge du monde ? Le retour à la civilisation n’est-il pas difficile, douloureux, mortel, tant la différence fait peur ? Qui est vraiment la bête, la sauvageonne ou l’homme  bien pensant?

Sans misérabilisme, avec un réalisme saisissant, Anne Sibran conte l’histoire de cette jeune fille livrée à la mort, mais dont l’envie de vivre est plus forte que tout. Avec rudesse, les mots s’enchaînent et immergent totalement dans l’esprit de cette enfance sauvage. Horrible, cru s’il en est, le récit prend aux tripes, secoue. S’emparant de ce poème noir au lyrisme singulier, puissant, animal, la jeune Julie Delille, ancienne élève de l’Ecole de théâtre de la Comédie de Saint-Etienne, plonge au cœur de la forêt, fait siennes les lois qui régissent ce royaume à la lisière de l’humanité. Chatte, bête carnivore, vorace, elle donne corps à cette jeune fille rejetée par les uns, adoubée par les autres.

Utilisant avec ingéniosité les jeux d’ombres et de lumières, la comédienne-metteuse en scène invite à plonger totalement dans ce rêve cauchemardesque, dans cet univers fantasmagorique. Debout, cheveux très longs lâchés, telle une seconde peau, une fourrure, accroupie, corps resserré, ou déambulant à quatre pattes, elle est la bête. C’est beau, c’est fort, c’est saisissant. Un moment de théâtre ahurissant qui interroge sur notre propre humanité, notre nature féroce. Éprouvant, épatant ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Montpellier


Je suis la bête d’Anne Sibran
Printemps des comédiens
Théâtre des 13 vents
Domaine de Grammont
Avenue Albert Einstein
34965 Montpellier
Durée 1h10 

Adaptation d’Anne Sibran d’après son roman publié aux éditions Gallimard collection Haute enfance
Mise en scène et interprétation  de Julie Delille
Scénographie, costumes, regard extérieur de Chantal de La Coste
Création lumière d’Elsa Revol
Création sonore d’Antoine Richard
Collaboration artistique de Clémence Delille & Baptiste Relat

Crédit Photos © Florent Gouëlou

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nytimes.com

A French Festival Where the Actor Is King


Theater Review

The Printemps des Comédiens festival features productions uniquely crafted for, and occasionally by, their performers.

Camille de La Guillonnière in “Un Instant.”CreditMarie Clauzade

 

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Camille de La Guillonnière in “Un Instant.”CreditCreditMarie Clauzade

MONTPELLIER, France — The director is widely considered king in French theater, and is often a bigger name than anyone onstage. At the Printemps des Comédiens, however, it’s the actors who are in the headline: The name of this festival, first held here in 1987, translates as “Actors’ Spring.” This year’s opening weekend brought uneven productions uniquely crafted for — and occasionally by — their performers.

The festival’s artistic director, Jean Varela, is a veteran actor, and his programming this year felt in keeping with the event’s collegial atmosphere. Most performances take place at the Domaine d’O, a large park surrounding an 18th-century castle on the outskirts of Montpellier, about 100 miles west of Marseille in southern France. In addition to three permanent theaters, temporary performance spaces are set up in the gardens, and artists and audiences can mingle between shows around large picnic tables under the pine trees.

No production seemed more at home in this setting than Jean Bellorini’s “Un Instant” (“An Instant”), performed in the park’s Roman-style amphitheater. It was inspired by Marcel Proust, but Mr. Bellorini, the director, wisely makes no attempt to follow the sprawling narrative of “In Search of Lost Time,” which is notoriously difficult to adapt. Instead, he offers a quietly affecting meditation on memory and family.

“Un Instant” features just two actors, Hélène Patarot and Camille de La Guillonnière, and they played an integral part in shaping the production. They wrote the script with Mr. Bellorini, and Ms. Patarot’s life story is woven into it. Born in French Indochina, in what is now Vietnam, she migrated to France with her family as a child; when her mother became unwell, she was placed with a foster family in the countryside, and for a time lost all connection to her Vietnamese heritage.

Ms. Patarot, 65, is a grandmotherly figure alongside the younger Mr. de La Guillonnière. Early on, he tenderly takes her hand to help her down a stair, and nudges her to remember details of her own story. “Un Instant” then segues into excerpts from Proust, with Mr. de La Guillonnière as the narrator of “In Search of Lost Time.”

The text meanders in true Proustian fashion. Like the proverbial madeleine, a scent or a gesture recurs and opens up vertiginous worlds that seemed forgotten. Unbuttoning a boot triggers, for Ms. Patarot as in the novel, the image of a lost grandmother. Still, memory remains selective, as Mr. Bellorini’s stage design suggests: In it, a ladder leads to an attic reminiscent of a childhood refuge described in “In Search of Lost Time,” but there is no house around it, only mountains of chairs.

While Mr. de La Guillonnière brings Proust’s words to life with clarity and sensitivity, Ms. Patarot somehow embodies the current of bittersweet longing underneath them. Emotions glide across her face slowly, like clouds. It’s a shame Mr. Bellorini has opted to layer predictable music over a handful of scenes, including Arvo Pärt’s vastly overused “Spiegel im Spiegel”; his cast needs no help.

The director Frank Castorf’s “Don Juan,” a freewheeling version of Molière’s 1665 play. CreditMatthias Horn

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The director Frank Castorf’s “Don Juan,” a freewheeling version of Molière’s 1665 play. CreditMatthias Horn

Frank Castorf’s directorial hand has never been light. His has been an imposing presence over the years, but his fearless company of actors played a major role in his success at the helm of Berlin’s Volksbühne theater. Since his departure in 2017, however, he has found himself working with new players. His “Don Juan” was created for Munich’s Residenztheater, whose ensemble can’t quite paper over some of the production’s weaknesses.

This four-hour production is a freewheeling version of Molière’s 1665 play. As is his custom, Mr. Castorf has “augmented” the play with additional material, by the French writer Georges Bataille and the German playwright Heiner Müller among others. Don Juan’s amorality opens the door to transgression and nudity onstage, and the female actors are, at times, aggressively sexualized. Still, the hero in this version, played by two performers, Franz Pätzold and Aurel Manthei, is more nihilistic than a standard womanizer.

Mr. Pätzold and Mr. Manthei carry much of the production, whether they’re blowing rings of smoke in aristocratic dress or racing around the stage naked. Nora Buzalka, as Charlotte, a peasant very willing to be seduced, also stands out alongside her dimwitted fiancé, played by Marcel Heuperman. The rotating sets, which feature a small wooden stage and a pen for three goats, are beautifully detailed, but after the interval Mr. Castorf appears to have been running on empty and brings little resolution to the hodgepodge of ideas in the text.

A series of solo performances brought a sense of focus back to the festival. “Le Marteau et la Faucille” was initially created as an interlude in “Joueurs, Mao II, Les Noms,” Julien Gosselin’s 10-hour stage adaptation of three novels by Don DeLillo, which had its premiere last year. Now presented as a stand-alone work, “Le Marteau” is an adaptation of a short story by Mr. DeLillo, “Hammer and Sickle,” about a hedge fund manager jailed for financial crimes. Bathed in red light, the indefatigable Joseph Drouet delivered it breathlessly into a camera while his performance was simultaneously projected on a screen behind him.

The young Julie Delille, another solo performer and one of just a handful of female directors in the lineup, delivered a work of remarkable visual precision with her adaptation of “Je suis la bête” (“I Am the Beast”), a novel by Anne Sibran. Ms. Delille herself plays the heroine, a 2-year-old girl abandoned by her parents. The show starts in pitch darkness, as if to mimic the closet in which she is trapped.

The girl is rescued by a cat and grows up among animals in the forest. Much of the story could easily look silly (how to stage a dangerous encounter with badgers?), but Ms. Delille has created spare tableaux that suggest the girl’s evolving physicality, from a prowling beast to a rescued orphan. Her instincts promise much for the future.

“Mont Vérité,” written by the director Pascal Rambert for a dozen graduating students from the School of the Théâtre National de Strasbourg. Credit Jean-Louis Fernandez

“Mont Vérité,” written by the director Pascal Rambert for a dozen graduating students from the School of the Théâtre National de Strasbourg. Credit Jean-Louis Fernandez

Other emerging actors weren’t as lucky. The playwright and director Pascal Rambert wrote a leaden play, “Mont Vérité,” for a dozen graduating students from the School of the Théâtre National de Strasbourg. It does prepare them for challenges they may face as professionals, from pointless nudity to mind-numbingly affected monologues; if there is a life lesson to be gained from watching a steady stream of audience members walk out, they’ve learned it now.

At least “Mont Vérité” was staged at the Domaine d’O’s Bassin, a gorgeous alfresco setting that allows for extensive stargazing when the action onstage isn’t up to scratch. Mr. Rambert is scheduled to open this year’s Avignon Festival with another new play. Let’s hope it makes better use of theatergoers’ summer nights.

Printemps des Comédiens.
Through June 30 at the Domaine d’O and various venues, Montpellier, France.

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