Seul ce qui brûle – presse

 

Julie Delille: ce fut comme une apparition

Après l’extraordinaire « Je suis la bête », Julie Delille signe « Seul ce qui brûle » adapté du roman incandescent au titre éponyme de Christiane Singer. Un théâtre magnifiquement à contre-courant : lent, sombre, envoûtant, hors temps, creusant ce lit du théâtre qu’est l’apparition d’un être face à un autre qui le fascine.

On avait découvert Julie Delille avec un spectacle sombre, inquiétant, surprenant, bref : inoubliable, Je suis la bête (lire ici) d’après le magnifique livre éponyme d’Anne Sibran. Voici qu’elle nous revient avec un autre spectacle, lui aussi, prenant et envoûtant : Seul ce qui brûle d’après le non moins magnifique livre éponyme de Christiane Singer, librement inspiré d’une brève nouvelle de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre. Deux textes puissants, hors mode, hors tout, et deux versions ou plutôt visions ou encore transfigurations scéniques puisant dans l’essence même du théâtre : une lumière qui vibre dans la nuit, des mots qui déchirent le silence, un corps qui advient comme une apparition.

 

Une coupelle d’eau

La compagnie de Julie Delille, le Théâtre des trois Parques, est implantée dans un petit village du Cher où elle habite, Montlouis. « Nous imaginons, au milieu de ces vastes étendues rurales, un théâtre-abri », écrit-elle. Le nom de la compagnie n’est pas un gadget, c’est un engagement. Les trois divinités poétiques sont les garantes d’un théâtre qui met « le sensible et l’émotion » au cœur de « la recherche ». Comme pour Je suis la bête, Julie Delille fait tandem avec Chantal de la Coste qui signe les costumes, la scénographie et cosigne avec Julie Delille l’adaptation. Une belle complicité.

Le théâtre de Julie Delille naît de la nuit. Celle, profonde, de l’inconscient, des rêves, celle de désirs enfouis, celle de la sauvagerie indomptable des corps et des sentiments, celle du théâtre. Après les forêts humides, les pierres épaisses du château de Sigismund, seigneur d’Ehrenburg, nous voici plongés dans un temps ancien, immémorial, comme sorti des contes et légendes de France, de Flandres ou de Westphalie.

Faisant halte dans un château avec une compagnie de chasse, il la voit. Elle porte une coupelle d’eau à son chien en prenant garde de ne pas en verser une goutte. « La grâce meurtrière de son avancée, petit pas après petit pas, et sa cascade de cheveux mordorés à peine retenue d’une cordelière de soie me tinrent pétrifié. Je n’avais jamais rien vu de ma vie d’aussi beau ni d’aussi terrifiant que cette apparition », dit Sigismund (interprété avec force et fêlures par Laurent Desponds). C’est le même mot (« Ce fut comme une apparition ») qui vient sous la plume de Flaubert quand Frédéric voit pour la première fois Madame Arnoux aux premières pages de L’Education sentimentale. Elle, c’est Albe (la fragilité faite force de l’actrice Lynn Thibault), elle a treize ans, Sigismund en a trente-cinq. Il l’épouse, elle l’avait entraperçu, elle savait que ce serait lui, « je reconnus celui que je n’avais jamais vu ».

Les années passent (maladie, fausse couche, mauvaises affaires), la passion appelle bientôt le poison de la jalousie. « Oserai-je dire jusqu’où me poussait ma folie ? J’étais comme jaloux de moi-même – de cet homme maussade dans les bras duquel elle se jetait si innocemment », dit Sigismund. Alors, un jour où sa jeune épouse s’amuse avec un très jeune page et qu’il les voit rouler sur un lit, c’en est trop, il poignarde le page, séquestre Albe dans sa chambre, la prive de la lumière du jour, lui fait raser la tête par un barbier. Chaque soir, à l’heure du dîner, disposant les lumières en sorte qu’elle ne le voit pas, Sigismund la regarde, l’oblige à boire de l’eau dans la coupe que forme le crane du page serti d’argent, métamorphose cruelle de la coupelle qu’elle apportait à son chien le premier jour où il la vit.

Un soir, un ami de Sigismund, le seigneur de Bernage, alors qu’il est de passage, est témoin de cette scène du bol-crâne qui le saisit. Le lendemain, avant de prendre congé, il demande à présenter ses hommages à l’épouse séquestrée, dit à cette dernière qu’il la tient « pour la plus malheureuse des femmes ». Elle pleure, puis parle. Sigismund voyant sa « détresse d’amour » est anéanti. L’ami lui demande de pardonner. Le couple se retrouve, leurs corps se mêlent à nouveau. Albe veillera sur les derniers instants de son époux, enceinte d’un quatrième enfant.

Des lettres adressées

Christiane Singer a construit habilement son récit par des lettres, mode chère au XVIIIe siècle dont elle aime également la langue soignée. D’abord, une longue lettre de Sigismund au seigneur de Bernage, puis une lettre de son épouse au même destinataire (suivies d’autres, plus courtes pour conclure). Cette construction du récit se traduit dans le spectacle par un renversant renversement de lumière. Sigismund (qui a parlé) et Albe (qui va parler), dans leur enfermement respectif, nous regardent nimbés de pénombre. Alors la lumière de la salle se rallume, non pas pleinement, mais à peine, le public est saisi, comme interdit, troublé, puis, au comble de l’incertitude, la lumière de la salle baisse et Albe parle.

Pas de dialogue donc. Mais deux récits qui se répondent. Autant la douleur alourdit le corps de l’homme, autant celui de son épouse, plus jeune, semble s’alléger dans l’épreuve qui lui est infligée et qui la grandit. Aucun dialogue donc, mais des frôlements, des regards voilés de larmes retenues, tout un jeu d’apparitions, disparitions orchestré par le magnifique travail de la lumière (Elsa Revol), le bouleversant lamento du son (Julien Lepreux) et l’imposant grand rideau tissé entre les pans duquel Albe, encore et encore, apparaît.

Seul ce qui brûle, création à la Maison de la Culture, scène nationale de Bourges, où Julie Delille est artiste associée, jusqu’au 8 oct, puis tournée :
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix en Provence
les 4 et 5 nov ; Théâtre de l’Union / CDN de Limoges, les 17 et 18 nov ; Scène nationale d’Angoulême, les 20 et 21 nov ; Gallia Théâtre de Saintes le 26 nov ; CDN d’Orléans du 1er au 4 déc ; Théâtre de Chartres , le 8 déc ; Equinoxe – Scène nationale de Châteauroux les 6 et 7 janv ; Théâtre Olympia / CDN de Tours du 19 au 21 ; Printemps des Comédiens, Montpellier en juin 2021.

Le roman de Christiane Singer, paru chez Albin Michel, est disponible en Livre de poche. 

 

« Un état de séquestration » en écho au confinement pour « Seul ce qui brûle », une pièce créée à Châteauroux

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Laurent Desponds incarne Sigismund. © (Photo Yannick Pirot)
Laurent Desponds incarne Sigismund. © (Photo Yannick Pirot)

 

« Il y a des résonances entre l’œuvre et ce que l’on a vécu », prévient Julie Delille en référence au confinement. Elle présente Seul ce qui brûle comme « une histoire d’amour à la fois très noire et très lumineuse ».
« Ça se termine bien » Sigismund accuse sa femme Albe d’adultère. Il la condamne pendant trois ans à un rituel macabre à l’heure de dîner. « Nous sommes face à un personnage féminin qui est dans un état de séquestration imposé par le personnage masculin », détaille Julie Delille.
Pourtant, le rapport de force n’est pas aussi tranché qu’il n’y paraît. « Albe se libère par elle-même. Cela pose la question de la responsabilité, du “ choisis la vie et tu vivras ”, souligne-t-elle. Tandis que lui, Sigismund, en ayant voulu l’enfermer, se détruit complètement. »
L’intervention d’un troisième personnage bouleverse la perception de Sigismund. « Il va voir, à travers le regard de l’autre, la situation telle qu’elle est vraiment. » Cette prise de conscience entraîne une « conversion ».
« Au lieu de s’affliger, il est projeté vers le réel. » Un monde réel, qui pour l’autrice Christiane Singer, n’est accessible que dans « de brefs moments de nos vies où nos sens sont décuplés ».


Après trois ans où Sigismund s’était piégé dans une situation qu’il a lui même créée, « la vie va rejaillir. Il va renaître de ses cendres et devient un phénix », décrypte la metteuse en scène.


Les personnages ne s’encombrent pas de culpabilisation. « Ils sont prêts à se recevoir. Ça se termine bien. »
« Seul ce qui brûle » de Christiane Singer, adapté et mis en scène par Julie Delille. À Équinoxe, mercredi 6 janvier, à 20 h 30, représentation suivie d’un échange avec les artistes, et jeudi 7 janvier, à 20 h 30.

 

 

 

Seul ce qui brûle, à la Maison de la Culture de Bourges : un amour incandescent

Créé mardi 6 octobre à l’auditorium, Seul ce qui brûle, spectacle mis en scène par Julie Delille, artiste associée à la Maison de la Culture de Bourges, est encore joué ce mercredi et ce jeudi soirs à l’auditorium. 

Sigismund aime Albe. Albe aime Sigismund. C’est ainsi que l’histoire commence, et c’est ainsi, aussi, qu’elle finit. Pourtant, rien n’est aussi simple au château d’Ehrenburg. Lorsque la voix de Sigismund s’élève, venant d’un frêle halo de lumière, sur un plateau plongé dans le noir, de cet amour ne restent que des cendres. Moins encore. Pas même une lueur d’espoir.

Un lent monologue

Pas à pas, en un lent monologue, portée par cette voix sourde, contenue, qui se brise parfois et parfois disparaît, l’histoire se dévoile. Une histoire d’amour belle et cruelle. Une histoire commencée dans la joie, l’insouciance, les élans du coeur et du corps, et puis plongée dans l’enfer du doute, de la colère, de la vengeance et du châtiment.

Tandis que Sigismund parle, Albe traverse le plateau, du même pas lent, refaisant les mêmes gestes, buvant sans cesse à cette coupe faite du crâne du jeune page que son mari a tué sous ses yeux. Deux époux partageant le même espace, et pourtant aussi éloignés l’un de l’autre qu’on peut l’être. 

Je ne sais si vous avez eu le terrifiant privilège de connaître la passion d’amour. C’est le plus vertigineux des abîmes dans lequel il soit possible à l’homme de descendre. Un abîme de flammes et de souffrances aiguës (…) La seule délivrance est d’y être consumé sans résidus ! 

Christiane Singer (Seul ce qui brûle)

 

La pénombre omniprésente, qui va parfois jusqu’au noir complet, la lenteur des gestes répétés, le poids des silences, le bruit du vent qu’on entend par moments  se transformer en chants ou en grondements, les brefs éclats de lumière, l’économie de mouvement, le dépouillement du plateau…  Tout concourt à faire vibrer le texte de Christiane Singer, pour qu’il atteigne les coeurs, les âmes. 

Naissance d’un spectacle avec Julie Delille, artiste associée à la Maison de la Culture de Bourges

 

La voix juvénile et fraîche de Lyn Thibault (Albe), répondant à la gravité de celle de Laurent Desponds (Sigismund), fait soudain basculer le récit. Privée de liberté, de lumière, de jeux, elle choisit de ne pas subir le châtiment, mais de s’en emparer, pour se transformer, grandir, continuer à porter l’amour en elle. 

« Celui qui fait sien son destin – aussi hostile et terrible soit-il – celui-là est libre »

« Celui qui fait sien son destin – aussi hostile et terrible soit-il – celui-là est libre », se répète-t-elle. La noirceur s’estompe, doucement, à son contact, pour laisser place à la vie et à l’espoir. « Je retournerai dans le monde et le monde en moi. »

Et à la fin, c’est l’amour qui renaît de ses cendres.

Martine Pesez

Pratique. Mercredi 7 et jeudi 8 octobre, à 20 heures, à l’auditorium, 34, rue Henri-Sellier. Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation, le mercredi 7 octobre. Entrée : 12 ou 26 euros (hors abonnement) et 9 ou 15 euros (carte MCB). 02.48.70.91.04. www.mcbourges.com

Julie Delille, « passeuse d’œuvres »
« Passeuse d’œuvres », selon ses termes, Julie Delille plaide pour la discrétion, voire l’effacement dans le travail de mise en scène. « Je ne fais pas les choses à ma sauce », dit-elle. Elle essaye plutôt de les laisser se faire, naturellement. « J’erre dans le noir et, à un moment, j’entends une vibration. Je suis un peu la garante de la vibration ! »
Du temps, de l’écoute, du silence, c’est ce que cette création a demandé, à chaque étape. Le texte de Christiane Singer a été adapté à Noirlac, « un lieu important, dans lequel je retourne souvent. Pour moi, les lieux imprègnent beaucoup le travail ».

En tournée à Limoges, Chartres, Orléans…

Les gens aussi, ainsi que les comédiens et l’équipe dont elle s’est entourée (Alix Fournier-Pittaluga, assistante à la mise en scène, Chantal de la Coste, scénographie, costumes, Elsa Revol, création lumière, Julien Lépreux, création sonore, Antonin Chaumet, régie générale), sans oublier les ateliers de construction de la Maison de la Culture, qui ont créé les décors.
« Un spectacle est constitué de tous les gens qui ont participé à sa création. » Et puis, il part à la rencontre du public…
Après Bourges, ce sera Aix-en-Provence, Limoges, Angoulême, Saintes, Orléans, Chartres, Châteauroux, Tours et Montpellier, à l’occasion du printemps des Comédiens (juin 2021).

Naissance d’un spectacle avec Julie Delille, artiste associée à la Maison de la Culture de Bourges

 

En pleine répétition, à l’auditorium, de sa nouvelle création, Seul ce qui brûle, adaptée d’un texte de Christiane Singer, Julie Delille apparaît à la fois sereine et concentrée.

Pour la première fois, elle ne sera pas sur scène. Et, sourit Julie Delille, « je ne ressens pas de frustration. Je pensais que ce serait un passage difficile, mais je le vis très bien. Je suis très comblée par ce que j’ai en face de moi. »


Comment avez-vous eu l’idée de ce spectacle ?

Ma rencontre avec l’œuvre remonte à 2016. Je ne me souviens pas très bien de mon premier contact avec le texte ; je pense que j’ai ressenti une sorte de rythme, de vibration. Mais je ne me suis pas tout de suite dit : “je vais le monter”. Je lis beaucoup, et il y a des livres qui restent à côté de moi. Celui-ci est resté longtemps dans mon champ de vision. Il m’a fallu un an, un an et demi pour m’arrêter sur le fait que je pouvais en faire quelque chose. Je pense que cela ne passe pas par une volonté de ma part…


Et ensuite ?

Les projets, pour moi, c’est en règle générale quatre ans de gestation. Il me faut passer beaucoup de temps toute seule. Des avis extérieurs pourraient interférer. Ensuite, je commence à en parler à un tout petit cercle de personnes. Et je construis mon discours de cercle en cercle. Le dernier, c’est le public !

 

Quelles ont été les réactions devant ce texte ?

Mon entourage a été très partagé. La qualité du texte est reconnue par tous, mais certains ont été déstabilisés. Les réactions des personnages dépassent leur entendement. Ils ne comprennent pas. Soit cela suscite la curiosité, soit cela suscite un rejet, parce que ça dérange. Cela a été très important dans le choix des membres de l’équipe.

On pourrait dire que je suis une passeuse d’œuvres par le biais du théâtre, qui est mon mode d’expression.

Julie Delille 


Pourquoi avez-vous pris la décision de ne pas jouer ?

 

En fait, je n’ai pas envisagé de jouer. Très vite quand les deux rôles se sont imposés, quand j’ai eu l’idée d’un spectacle, j’ai entendu les voix des deux comédiens (Ndlr : Lyn Thibault et Laurent Desponds), que je n’avais pas vus depuis des années, et qui ne se connaissaient pas. J’ai l’impression que les projets sont des créatures indépendantes de moi. Elles savent très bien ce qu’elles veulent. On pourrait dire que je suis une passeuse d’œuvres par le biais du théâtre, qui est mon mode d’expression. 

Le Journal d’Adam et Eve, à feuilleter jusqu’à vendredi à Bourges


Que se serait-il, passé si les comédiens avaient refusé ?

Je ne sais pas si on aurait pu faire le spectacle. Je ne me voyais pas faire passer des auditions. Mais ils ont accepté avec beaucoup de rapidité. Leur confiance et celle de toute l’équipe est très stimulante. Pour moi, un spectacle est l’œuvre de tous ceux qui y ont participé, même à la plus petite chose. Ces réunions d’âme, ça me touche. Je ne peux pas travailler dans un environnement vide.

Pour moi, un spectacle est l’œuvre de tous ceux qui y ont participé, même à la plus petite chose.

Comment évolue le spectacle, à deux semaines de la première ?

Le travail se passe bien, de façon très fluide. Ces jours-ci, j’ai vraiment eu le sentiment que l’âme du spectacle n’était pas loin. C’est une œuvre qui bouscule. On prépare au mieux sa rencontre avec le public. 


Pratique. Mardi 6, mercredi 7 et jeudi 8 octobre, à 20 heures, à l’auditorium, 34, rue Henri-Sellier. Bord de plateau avec l’équipe artistique le mercredi 7 octobre, à l’issue de la représentation.

Entrée : 26 ou 12 € ; 15 ou 9 € avec la carte MCB.
Réservations dans le hall du conservatoire, du mardi au vendredi de 14h30 à 20 heures, le samedi de 13h30 à 17 heures ; par téléphone au 02.48.70.91.04 ; en ligne sur www.mcbourges.com

Une histoire d’amour passionnelle

Pour écrire Seul ce qui brûle, roman épistolaire, Christiane Singer s’est inspirée d’une nouvelle de l’ Heptaméron de Marguerite de Navarre. Lors d’un dîner chez le seigneur Sigismund d’Ehrenburg, dans l’Allemagne du XVe siècle, le sieur Bernage, émissaire du roi Charles VIII, assiste au rituel macabre qu’inflige son hôte à sa jeune épouse, Albe. Il interroge le maître des lieux et découvre l’histoire d’amour passionnelle qui lie ces deux êtres, au-delà de leurs prisons respectives.  Christiane Singer dissèque l’aveuglement du mari, rongé par la jalousie et l’enfermement de la jeune femme, qu’elle dépasse en accédant à la sagesse. 
Le livre, édité par Albin Michel en 2009, est disponible en Livre de poche.

Martine Pesez
martine.pesez@centrefrance.com

Une résidence, un projet participatif : c’est reparti à Equinoxe !

Présentée par Odile Auger

Après l’arrêt brutal avec le confinement, la scène nationale de Châteauroux retrouve son rythme : une résidence est en cours en ce moment à Equinoxe, un projet participatif avec les habitants du territoire se prépare, le cinéma a rouvert ses portes et des surprises nous attendent pendant l’été et pour la rentrée !

 

Podcast à écouter ici

Seul ce qui brûle : le royaume incandescent Julie Delille

Avec Seul ce qui brûle, adaptation du roman éponyme de Christiane Singer, Julie Delille nous plonge dans les affres d’une passion extrême, où l’homme se confond avec l’animal. Sombre, lent, traversé par une parole précise et élégante, ce théâtre se place hors de l’époque pour en dire l’étrange et la violence.

« La philosophie d’aujourd’hui veut nous persuader que nous sommes différents des bêtes. Je ne le crois pas un seul instant. J’ai hérité pour ma part de la prescience que je leur vois si souvent, de cet instinct qui anticipe cataclysmes et accalmies ». Prononcés par la comédienne Lyn Thibault dans Seul ce qui brûle, adaptation du roman éponyme de Christiane Singer, illustrent la parenté entre cette pièce et Je suis la bête, la deuxième création de Julie Delille à la tête de sa compagnie Les Trois Parques créée en 2015. Dans ce seul en scène, elle incarnait en effet elle-même une protagoniste davantage à son aise parmi les animaux que parmi les hommes : Méline, l’enfant sauvage imaginée par Anne Sibran dans un récit à la poésie singulière et trouée de silences. La continuité ne se limite pas au sujet : baignées dans une semi-pénombre, d’une lenteur qui fait peu de concessions à l’action, les deux pièces présentent une esthétique à rebours de toutes les modes. Un charme sombre, hors-lieu et hors-temps.

Bien qu’entièrement épistolaire, à la mode du XVIIIème siècle – avec un côté XVème, l’auteure s’étant inspirée d’un récit de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre – jusque dans sa langue ciselée, précise et d’une distinction rare, délicieusement surannée dans sa manière de dire les sentiments, le roman de Christiane Singer porte une théâtralité que Julie Delille a su saisir. La situation d’ouverture, celle qui déclenche l’écriture de Sigismund, Seigneur d’Ehrenburg, n’est autre qu’une forme de représentation. Comme chaque soir depuis que, par jalousie, il a tué le page qu’il soupçonnait être l’amant de sa femme Albe, celle-ci est contrainte de se livrer au rituel sordide que lui impose son mari : tandis qu’il est caché à sa vue par un artifice de lumières, il la force à boire dans le crâne de son prétendu amant. Le rituel devient jeu dès lors qu’un visiteur fait intrusion dans le sombre quotidien du couple. Soit le Seigneur de Bernage, dont l’identité importe en vérité très peu : il est le témoin, le spectateur saisi, transformé sans doute, par ce qu’il voit, et qui change en retour cette réalité. À peine posé sur eux, son regard fait en effet renaître entre eux l’amour étouffé par la violence.

Ce qui se produit entre ces trois personnages, cette métamorphose réciproque, est la définition idéale du théâtre. Et tout ce qui précède, l’amour fou et la violence, sont ce qui y mène. Julie Delille choisit pourtant d’effacer au maximum la part théâtrale de cette histoire de mort et de renaissance. Ou plutôt, elle l’aborde à sa façon : par le détour, par l’obscurité qui permet à Lyn Thibault et à Laurent Desponds de s’aventurer dans toutes les strates du texte. Elles sont nombreuses. Les beautés et ravages de l’amour, le rapport à la nature très fort chez Albe, la liberté que cette même femme parvient à cultiver en dépit de la solitude absolue où la tient son époux depuis le meurtre… Dans la scénographie et les costumes de Chantal de la Coste, qui cosigne aussi l’adaptation du roman – elle était déjà de Je suis la bête, de même qu’Elsa Revol aux lumières qui inquiètent autant qu’elles enveloppent –, les deux comédiens se font présences dépassées par leurs propres gestes, et par leurs mots qu’ils déploient avec une facilité et une distance qui ne sont pas celles des vivants.

Entre le monologue de l’homme et celui de la femme, un long silence nous permet d’observer dans tous ses détails l’étrange dedans-dehors où évoluent ses acteurs, et la tapisserie tantôt opaque tantôt translucide qui fait de chaque apparition/disparition de Lyn Thibault une sorte d’épiphanie. À ce moment-là, c’est toute la vision du théâtre de Julie Delille qui apparaît avec clarté. C’est sa manière de faire un monde avec peu, en excluant tout ce dont le théâtre n’a pas besoin pour exister. C’est son rapport essentiel au silence, qui fait penser à Claude Régy sans chercher à l’imiter, présent jusque dans les moments où la parole s’emballe, semble ne plus vouloir s’arrêter. Dans la pénombre de Seul ce qui brûle, il y a un théâtre puissant qui donne raison à Christiane Singer lorsqu’elle dit en préambule de son livre : « Rien ne m’apparaît plus apte à nous refléter l’irréalité de nos systèmes de pensée contemporains que l’exploration d’autres espaces humains d’égale chimère et d’égale fureur ».

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

 7 décembre 2020

Une histoire d’amour fou mortifère, d’où pourtant les amants pourront renaître.

Sigismund, Seigneur d’Ehrenburg, rencontre Albe qui n’a alors que treize ans. Il en tombe aussitôt amoureux, de cet amour fou qui dévore comme le feu. Il l’épouse, mais cette passion brûlante va le faire basculer dans une jalousie dévorante. En infligeant à sa femme un châtiment terrible, il entre lui-même dans un enfer qui le consume, jusqu’au jour où tel le phénix il pourra renaître de ses cendres et se délivrer. Enfermée injustement, Albe découvre qu’elle peut modifier sa vie en jouant avec sa mémoire et se libérer aussi.

Julie Delille, artiste associée au Théâtre de Bourges, et Chantal de la Coste ont adapté le beau roman de Christiane Singer, inspiré par un des récits de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre. La beauté du texte, disant cette expérience quasi-mystique d’amour fou qui mène du feu à la mort et dont seule la libération peut conduire à nouveau vers la vie nous perce le cœur.

La création sonore de Julien Lepreux nous fait entendre ce feu qui dévore tout et la nature, avec cerfs et loups, qui semble reliée aux hommes et à leurs passions par d’invisibles rhizomes. La scénographie imaginée par Chantal de la Coste, magnifiée par la création lumière d’Elsa Revol est somptueuse. Pénombre, espace nu où, sous l’effet de la lumière, les murs s’animent permettant à notre imagination de faire apparaître des salles obscures où se dessinent des vitraux et la lumière tremblotante des cierges. Par la magie de la lumière, une superbe tenture bleu sombre brodée de pins, comme un magnifique panneau de soie chinois, devient transparente laissant voir la silhouette d’Albe qui passe, puis opaque pour permettre au pied délicat d’Albe de s’insérer pour venir au devant de la scène.

La mise en scène de Julie Delille joue avec une précision diabolique du contraste ombre et lumière, parole et silence pour envoûter le spectateur qui plonge avec effroi et délice dans cette histoire. La scène est plongée dans la pénombre. Dans la première partie, c’est Sigismond (Laurent Desponds) qui parle de son amour, « abîme vertigineux de flammes et de souffrances aiguës » dont il est impossible de s’échapper et d’où celui qui y tombe ne veut surtout pas se sauver. Albe, simple silhouette qui se détache de l’obscurité marche lentement, avec grâce faisant le tour de la vaste scène. Quand Laurent Desponds s’enferme, comme il a décidé d’enfermer sa femme, il s’enroule dans une fourrure triste. C’est la visite d’un hôte qui va le sortir « de son entièreté ». Il a encore du mal à trouver le gué pour la rejoindre, mais ses pas suivent ceux de Albe sur la scène. Il sait qu’il l’aime toujours mais, pour la première fois, il se sent libre, « c’est à la fois inquiétant et délicieux ». C’est ensuite à Albe (Lyn Thibault) de prendre la parole. Elle raconte le noir chagrin, son envie de mourir, mais dit-elle, « mon désir de mort ne parvenait pas à me contenir toute entière, un pan de moi en dépassait toujours ». Elle pense à son hermine que son frère tua par jalousie, elle enlace son chien que son mari lui a rendu. Elle retrouve le chemin de la vie, de l’amour et dit « demain la porte va s’ouvrir ». Elle est la grâce et la délicatesse.

Les deux acteurs glissent sur la scène créant entre eux un lien fort et mystérieux. Les silences répondent au texte dont la poésie exalte la force des images. Un très beau spectacle.

Micheline Rousselet

Les 15 et 16 décembre au Théâtre de l’Union, Centre Dramatique du Limousin, Limoges – Les 6 et 7 janvier à L’Equinoxe, Scène Nationale de Châteauroux – Du 19 au 21 janvier au Théâtre Olympia, Centre Dramatique National deTours – Juin 2021 Printemps des Comédiens de Montpellier – Nouvelles dates et lieux à venir

Magie théâtrale

Jean-Pierre Han / 6 décembre 2020

Seul ce qui brûle de Christiane Singer. Mise en scène de Julie Delille. Spectacle créé à la Maison de la culture de Bourges en octobre 2020, repris au CDN d’Orléans, et en tournée à Limoges, Châteauroux, Tours…

 

À l’exact opposé des productions courantes dont le bruit et la fureur liés à leur inintérêt, font se pâmer d’aise le petit monde du théâtre, Julie Delille poursuit son travail, brusquement éclos avec Je suis la bête d’après le roman éponyme d’Anne Sibran, et nous plonge à nouveau avec Seul ce qui brûle d’après un autre roman, signé cette fois-ci par Christiane Singer, dans les méandres et les soubassements de la conscience. Il y a là, enfin, l’affirmation d’un univers singulier lié à une pensée forte qui s’exprime dans ce qu’il faut qualifier de style. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si entre les deux romans dont la metteure en scène s’est emparée en toute fidélité, existe une évidente parenté au plan de l’écriture. À l’un comme à l’autre, Julie Delille rend parfaitement justice ; elle a d’ailleurs réalisé l’adaptation de Seul ce qui brûle en compagnie de la scénographe et costumière Chantal de la Coste. Il serait plus juste de parler de travail de coupe et de montage, car les deux jeunes femmes se sont abstenues d’intervenir sur l’écriture elle-même, respectant, à la lettre l’autrice. Un respect que l’on retrouve tout au long du spectacle dont justement l’une des qualités premières est de nous faire entendre la langue ciselée de Christiane Singer. Une langue qui claque dans la pénombre dès l’entame du spectacle. Il y a là un respect, je l’ai dit, et une intelligence de lecture dont les deux comédiens Laurent Desponds et Lyn Thibault se font les parfaits relayeurs.

 

Deux voix, deux corps, l’un, celui de l’homme, lourd et statique, l’autre, celui de la jeune femme, dont la démarche, suivant un tracé précis et sans cesse parcouru, est parfois soudainement cassée par des mouvements d’une grâce inouïe comme échappés de sa volonté, deux êtres, comme deux mondes qui s’approchent, s’éloignent, se rejoignent inexorablement. Lui, Sigismond, Seigneur d’Ehrenburg, elle, Albe, qu’il découvre avec éblouissement alors qu’elle n’a que 13 ans. Il en a une vingtaine de plus, mais l’amour fou emplit tout son être – « je devins fou » explique-t-il –, la conjonction de deux planètes les réunit. De son côté la jeune fille l’avoue en toute simplicité : « je reconnus celui que je n’avais jamais vu »…

Tout est de cet ordre, de la lumière du bonheur à l’obscurité du malheur, car le poison de la jalousie saisit Sigismond et l’entraîne dans une chute sans fin, avant que, grâce à l’intervention d’un tiers, le Seigneur de Bernage qu’il a accueilli et à qui il écrit pour le remercier, tout finisse par se rouvrir à la clarté de l’amour. Le paradoxe voulant que dans le spectacle – toujours fidèle à sa matrice romanesque composée de lettres des deux protagonistes et d’un Cahier de la jeune Albe, ce qui élimine tout dialogue dont pourrait se repaître l’acte théâtral au profit de récits à la première personne du singulier – les deux acteurs ne se parlent jamais, ni ne se croisent comme s’ils évoluaient chacun dans une sphère particulière.

Trois petites pages de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre ont inspiré Christiane Singer qui en a fait un roman d’une centaine de pages. De ces pages Julie Delille tire la matière d’un spectacle-monde (car il s’agit bien de cela) superbe. L’univers, c’est ici, celui créé par Chantal de la Coste, un bel espace de circulation à plusieurs niveaux, avec sa lourde (et si légère) tenture tissée en fond de scène qui permet à la jeune Albe d’apparaître et de disparaître comme par enchantement. C’est Elsa Revol qui s’est chargée de (sous) éclairer cet espace, de le plonger – et l’on sait désormais que cet univers d’obscure clarté est l’univers de Julie Delille : il autorise toutes les rêveries, libère l’imagination, tout comme il peut, comme le sommeil de la raison cher à Goya, engendrer des monstres. Les variations lumineuses sont ici d’une grande subtilité et incluent même parfois les spectateurs. On peut en dire tout autant de la création sonore de Julien Lepreux (si éloignée – on s’en réjouit – de la musique de scène qui évolue souvent dans les productions courantes vers la musique de film !). Co-responsable (avec sa sœur Clémence) de la compagnie du Théâtre des Trois Parques, Julie Delille travaille toujours en équipe : le résultat sur le plateau est patent, il y a dans ce spectacle, à tous les niveaux une réelle cohérence. Comme dans la relation entre les deux comédiens, Laurent Desponds et Lyn Thibault qui, pourtant, n’ont pas de scène commune, mais établissent un contact charnel à travers les mots proférés dans le silence, avec une retenue liée à une formidable force interne. Dans la pénombre et au milieu du silence, Julie Delille les dirige avec une belle justesse.

Julie Delille dissèque

les passions dévorantes à Orléans

 

 

Au CDN d’Orléans, fermé en raison des restrictions sanitaires, Julie Delille, lauréate du festival Impatience 2018, cisèle sa dernière création, Seul ce qui brûle de Christiane Singer, une adaptation d’une des nouvelles de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre. Au plus près du concept des sentiments, la jeune metteuse en scène livre une œuvre dense, aride autant qu’intense. 

En ce jeudi de décembre, le temps tourne au gris. Une pluie froide s’abat sur les rues d’Orléans. Au CDN, vide de public, Julie Delille et son équipe répètent et peaufinent la pièce Seul ce qui brûle, qu’ils auraient dû être présentee si la pandémie n’en avait pas décidé autrement. Un café, quelques viennoiseries, attendent les quelques professionnels venus assister au dernier filage avant que le spectacle ne parte en tournée. Les conversations vont bon train, tous espèrent une réouverture des théâtres au 15 décembre prochain. 

Seul ce qui brûle de Christiane Singer. Mise en scène de Julie Delille. CDN d'orléans. © Yannick PirotAu temps des troubadours

Dans la salle Antoine Vitez, plongée dans une semi-pénombre, chacun s’installe à très bonne distance. Sur scène, un homme assis (Laurent Desponds, épatant colosse aux pieds d’argile), regard dans le lointain, semble plongé dans ses sombres pensées. C’est un grand seigneur, un de ces chevaliers des temps anciens pour qui l’honneur est le bien le plus précieux. Couvert d’une peau de bête, il suit le fil de ses souvenirs, parcourt la carte du Tendre et conte ses féroces et passionnées amours. 

La violence des sentiments

En visite chez un de ses vassaux, le fier et ténébreux Sigismund tombe littéralement sous le charme de la pure Albe (évaporée Lyn Thibault). C’est le coup de foudre. Il l’épouse. Un lien unique, fort les unit. A l’ombre des hautes tours du château, leur amour grandit. Il cède à toutes ses lubies, ses foucades de jeune fille, lui offre la compagnie d’un jeune page. Naïve, ingénue, elle se laisse emporter par les jeux enfantins et dangereux de séduction. L’irréparable se produit. Bafoué, le preux chevalier imagine la pire des vengeances, priver sa dulcinée de liberté, de féminité, d’existence presque en l’assujettissant à un bien sordide rituel, boire chaque jour dans le crâne de son prétendu amant. Mais tant que la braise de la passion couve sous les cendres, tout n’est peut-être pas perdu ? 

Un conte d’amour

En adaptant l’une des 72 nouvelles de l’Heptaméron de Marguerite de NavarreChristiane Singer invite à un voyage à travers le temps, à l’époque de l’amour courtois, des damoiselles, des sombres suzerains. Empruntant la belle langue surannée des ménestrels, elle signe un roman incandescent, où les sentiments dévorent l’âme, brûlent les sens. De cette matière ardente qui questionne la place de la femme dans la société autant que le pouvoir patriarcal de l’homme, Julie Delille, qui nous avait enchanté avec son premier spectacle Je suis la bête,  imagine une litanie à deux voix qui se succèdent, la première vibrante, la seconde plus raisonnée, plus intérieure. Dans un jeu de clair-obscur parfaitement ciselé signé Elsa Revol, le masculin et le féminin se conjuguent et s’entremêlent en une violente et troublante ivresse. 

Seul ce qui brûle de Christiane Singer. Mise en scène de Julie Delille. CDN d'orléans. © Yannick PirotUn ténébreux songe 

Dans un décor fait de tentures sombres, d’escaliers de bois, Laurent Desponds et Lyn Thibault se cherchent, se perdent, se retrouvent en un étrange ballet à la fois funeste et lumineux. Épurant sa mise à scène jusqu’à l’os, Julie Delille s’affranchit de toute théâtralité. Les présences ombreuse de Laurent Desponds et évanescente de Lyn Thibault suffisent à faire vivre les mots, les gestes de ces deux amants destinés malgré, toutes les chausse-trappes, toutes les embûches, à être uni pour l’éternité. 

Saisi par la beauté des tableaux entre ombre et lumière, on se laisserait presque à rêver aux mots de Lamartine « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours ! » Avec Seul ce qui brûleJulie Delille signe un spectacle délicat et étiré, qui devrait au fil des représentations trouver son rythme et prendre un bien bel envol.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Orléans

Seul ce qui brûle d’après le roman de Christiane Singer publié chez Albin Michel (2006)
Résidence au CDN d’Orléans / Centre-Val de Loire 
Boulevard Pierre Ségelle 
45000 ORLÉANS 
Durée 1h30 environ

Tournée
du 15 au 16 décembre 2020 au Théâtre de l’Union / Centre Dramatique National du Limousin, Limoges.
du 6 au 7 janvier 2021 à l‘Equinoxe / Scène nationale de Châteauroux 
du 19 au 21 janvier 2021 au Théâtre Olympia / Centre Dramatique National de Tours
juin 2021 au Printemps des Comédiens, Montpellier

Mise en scène de Julie Delille assistée d’Alix Fournier-Pittaluga
Adaptation Chantal de la Coste & Julie Delille
 Avec Laurent Desponds, Lyn Thibault
Scénographie et costumes de Chantal de la Coste
Création lumière d’Elsa Revol
Création sonore de Julien Lepreux
Décors Ateliers de construction Maison de la Culture / Scène nationale de Bourges
Assistante à la mise en scène Alix Fournier-Pittaluga

Crédit photos © Yannick Pirot